Krijn De Koning

Des volumes et des vides

Exposition   Production   Biographie

Exposition

  • Du 2 juin au 23 septembre 2018
    Vernissage le vendredi 1er juin 2018 à 18h30

« De cette manière, nous dit-on, l'imaginaire se déploie circulairement, par détours et retours le long d'un sujet vide »
Roland Barthes, L'empire des signes.

« Chambres à voir : construire le lieu où voir a lieu. »
Georges Didi-Huberman, L’Homme qui marchait dans la couleur.

Au fil de ses expositions en France et à l’étranger, Krijn de Koning se démarque par une production sculpturale qui entre en parfaite adéquation avec les sites qu’il investit : en permanente négociation avec l’identité spécifique de ces lieux, il parvient à construire une forme qui s’apparente à un brouillage des perspectives et des frontières. Qu’il s’immisce dans un espace urbain ou un paysage, un site industriel ou une architecture patrimoniale, un centre d’art ou un musée, il met en œuvre la possibilité d’une expérience physique, la compréhension d’un environnement par le corps.

ACTION VÉRITÉ
Sa méthodologie préparatoire est relativement stable : il arpente l’espace, l’annote, ressent ses points de force et ses faiblesses, la texture de sa peau, ses volumes. Lui qui se définit comme dessinateur réalise alors un grand nombre de croquis et traduit son projet par une maquette. Invité à Saint-Nazaire à envisager l’architecture de la base des sous-marins et sa perception, Krijn de Koning a travaillé selon ces mêmes modalités, et il a dressé un premier constat : si la base est architecturalement fascinante, porteuse d'une ambiguïté stimulante, le LiFE ne l’est pas. Tout à coup, la base s’oublie, et l’espace se réduit à une boîte révélée en un seul regard, un trou, un vide. Dans cet immense volume, la réhabilitation aurait-elle contribué à amoindrir la puissance architecturale originelle, à déconnecter le fragment de son tout ? À partir de cette observation, l’artiste choisit d’explorer la question de la vérité de cet espace, de jouer avec une forme de fiction requalifiante, et d’inviter le public à une performance déambulatoire.

PASSAGE
Cette installation monumentale commence à l’extérieur du LiFE, dès la rue intérieure de la base des sous-marins : Krijn de Koning bouscule la perception habituelle en créant un couloir d’accès, qui rappelle les trajets parcourus dans les grands cinémas avant d’entrer en salle. Le voyage qui va suivre n’est pas guidé : plusieurs parcours possibles s’offrent au visiteur, qui s’arriment à des éléments fonctionnels pour créer du rythme, et donner la mesure de l'espace : fenêtres, escaliers, portes, passages, percées, couloirs… Parfois le sol se surélève, le plafond se découvre, un ponton fragilise l’équilibre, une ouverture oriente le point de vue sur la structure elle-même, ou sur l’extérieur de cette dernière, laissé à l’état brut : autant de stratégies qui stimulent le regard critique et le corps en mouvement, projeté dans cet univers aux accents piranésiens. « Qu’une œuvre invite son public au passage, l’histoire de l’art pourra renvoyer à la Porte (1915) de Brancusi pour marquer l’une des origines possibles de la problématique. (...) L’objectif de Krijn de Koning est de réaliser une œuvre dont le mode principal d’appréhension est le passage. »1

LE TEMPS EST UNE PERSONNE
Krijn de Koning se réfère souvent aux Avant-gardes, à Mondrian, à la modernité russe, au minimalisme et à Gordon Matta-Clark. Mais l’une de ses plus grandes influences demeure sans doute celle de Daniel Buren, qui fut son professeur à l'Institut des hautes études en arts plastiques (Iheap) à Paris pendant deux ans. Ces deux artistes de l’in situ partagent le désir de transmettre une intensité de perception qui passe par la lumière, les proportions, l’interaction avec le lieu, ses usages et ses perspectives. Ces sculpteurs d’espace sollicitent la promenade, le cheminement : avec Des volumes et des vides, Krijn de Koning fait aussi la démonstration qu’il sait sculpter le temps, proche en cela d’un Lewis Caroll pour qui le merveilleux est toujours relié au métaphysique. Au Pays des merveilles, « le temps est une personne» qui peut faire faire aux pendules ce qu’il lui plaît. Quant à l’espace carollien, il se déforme sans arrêt, se plie et se déplie comme dans un rêve. Par son pouvoir presque magique à métamorphoser un environnement, l’œuvre de Krijn de Koning oscille pareillement en équilibre entre le monde réel et le monde merveilleux : elle est « fable de cheminement »2.

PARTITIONS COLORÉES
Pour reconfigurer notre rapport au temps et à l'espace, le modus operandi de l’artiste demeure intimement lié à l’utilisation de la couleur comme vecteur d’amplification sensible, capable de virtualiser les surfaces et de moduler les atmosphères. D’une pièce à l’autre, les couleurs orchestrent des continuités et des ruptures de rythme, elles pimentent un jeu qui se situerait au croisement de la sculpture, de l’architecture et de la peinture. L’artiste a longtemps privilégié les couleurs primaires héritées du modernisme : aujourd’hui, sa palette est plus complexe, et de plus en plus intuitive, car il n’y a pas chez lui de théorie mais une pratique de la couleur. Dans la première et la dernière salle, il privilégie l’option réaliste, avec murs blancs et sol en parquet. Partout ailleurs, les couleurs explosent en aplats francs, instruments ductiles pour voir autrement. Ces espaces picturalisés sont éclairés par des tubes fluorescents, de l’intérieur. A contrario, partout autour de la sculpture, le volume architectural baigne dans la pénombre.

GÉOMÉTRIE INTIME
L’homme et l’architecture s’affectent l’un l’autre. À la recherche d'une délimitation de soi, la psychanalyse a souvent montré à quel point cette délimitation s'incarne dans nos espaces de vie. Tour à tour terrain de jeux, maison, scène de théâtre, instrument de vision ou laboratoire, la sculpture de Krijn de Koning rêve justement de multiplier les surfaces de contact avec la vie qui le traverse. L’artiste en parle comme d’un vaste organisme, où chaque pièce serait la métaphore d’une fonction physiologique précise, reliée à l’ensemble : ce vaste corps, miroir de notre propre constitution, aurait-il pour mission de digérer l’espace ? Il renseigne en tous cas sur un leitmotiv qui traverse l’ensemble de l’œuvre de Krijn de Koning : brouiller les notions d’intériorité et d’extériorité, fantasmer un espace réversible où pourrait « s’exprimer la totalité du moi-monde »3.

FRAGMENTS DE RÉEL
Au gré de la distribution des pièces, apparaissent à deux reprises des inserts directement empruntés au réel du contexte nazairien : un abri militaire et une cabane aux allures de fragments architecturaux abandonnés dans ce lieu d’histoire. Comment la réalité et ses clichés viennent-ils perturber la dimension fictionnelle de cette sculpture, et inversement ? Principes réflexifs, ces forces en présence prolongent l’entreprise de déconditionnement du regard menée par Krijn de Koning, toujours en quête de nouveaux passages physiques et émotionnels entre différents états de conscience, entre différentes temporalités, entre différents volumes et vides.

Eva Prouteau

Notes
1 - Michel Gauthier, Krijn de Koning, le passage à l’œuvre, in Pratiques – réflexions sur l’art n°8, 2000.
2 – Extrait de Georges Didi-Huberman, L’Homme qui marchait dans la couleur, Éditions de Minuit, 2001.
3 – Extrait de Thomas Clerc, Intérieur, Gallimard, 2013 ; où l’auteur justifie sa collection de Que sais-je, « qui s’explique par ma conception de la littérature, chargée d’exprimer la totalité du moi-monde. »


Production

Des volumes et des vides, 2018
bois, peinture, dimensions variables
Production LiFE, ville de Saint-Nazaire, programmation hors-les-murs du Grand Café, centre d'art contemporain.


Autour de l’exposition

Le Radôme, toit de la base des sous-marins

Le Radôme est un espace de documentation et d’expérimentation ouvert à tous, conçu comme une véritable extension de l’exposition de Krijn de Koning.
Cet espace présente des documents sur le travail de Krijn de Koning (catalogues d’exposition, vidéos, visuels, etc.).
Ouvert tous les samedis et dimanches du 7 juillet au 26 août de 15h à 19h. Accès libre.

Les Ateliers du Radôme

Venez découvrir de façon originale les sujets abordés par Krijn de Koning dans son exposition!
Ces ateliers débutent par une visite de l’exposition en famille au LiFE à 15:30 (durée 30 mn), suivie d’un atelier d’expérimentations plastiques au Radôme (durée 45 mn).
Thèmes des ateliers : l’architecture, le volume, le point de vue, le cadrage, la mémoire, l’espace, etc.
À faire en famille, avec des enfants de 6 à 12 ans.

Les samedis et dimanches du 7 juillet au 26 août de 15h30 à 17h. Rendez-vous à 15h20 dans l’exposition au LiFE.
Gratuit, sur réservation uniquement, dans la limite des places disponibles.
Renseignements et réservations auprès de l’équipe de médiation du LiFE :
T. 06 40 17 14 70, e-mail : mediation.life@gmail.com

  • Programme des Ateliers du Radôme

Un livre en boîte
Comment un même livre peut-il raconter deux histoires différentes ? Crée un livre maquette où les pages deviennent volume et vide selon ta manipulation. De ce livre s’animeront des maisons, des abris, toute sorte de constructions imaginaires.
Les samedis 7 et 21 juillet, 4 et 18 août.

Archi-memory
Pars en balade dans la sculpture-labyrinthe de Krijn de Koning. Découvre son plan et ses secrets !
Utilise ensuite ta mémoire des couleurs et des espaces pour dessiner et créer ton architecture rêvée.
Les dimanches 8 et 22 juillet, 5 et 19 août.

Trouve le bon angle
Avec son œuvre, Krijn de Koning propose différents points de vue sur l’espace, il le redécoupe visuellement et sème le trouble. Lors de cet atelier, muni d’un appareil photo, capture des parties de la sculpture avant de les associer pour créer un nouveau parcours du labyrinthe ou donner une nouvelle forme à la sculpture.
Les samedis 14 et 28 juillet, 11 et 25 août.

Balade en couleurs
À la manière des pionniers de l’abstraction, crée ton propre « plan-tableau » à l’aide des couleurs, des formes, des lignes que tu auras observées dans l’œuvre de Krijn De Koning. Ce plan sera ton guide et dictera ton chemin dans le Radôme.
Les dimanches 15 et 29 juillet, 12 et 26 août.
 

Conférence d’Emmanuelle Chiappone-Piriou, architecte et historienne de l’architecture
Dimanche 16 septembre 2018 à 15h30

Un évènement organisé à la croisée de l’exposition Des volumes et des vides de Krijn de Koning et de la Digital Week.
Emmanuelle Chiappone-Piriou reviendra sur les liens historiques entre architecture et numérique à travers la notion d’aléatoire et montrera comment cette idée a généré et génère encore nombre de créations.
Au LiFE, entrée libre, dans la limite des places disponibles.


Biographie

Né en 1963 à Amsterdam, Pays Bas.
Vit et travaille à Amsterdam.


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Galeries :

Vues de l'exposition